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Mai, 08

L’ancien président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, s’est éteint le mercredi 6 mai 2026 à Mada, son fief natal situé dans l’arrondissement de Tokombéré, département du Mayo-Sava, dans la région de l’Extrême-Nord. Décédé à l’âge de 86 ans des suites de maladie, l’homme politique laisse derrière lui plus d’un demi-siècle de vie publique. Il aura également passé près de trente-quatre années à la tête de la chambre basse du Parlement camerounais.

Figure majeure du paysage politique national et cadre influent du RDPC, il a profondément marqué l’histoire politique du Cameroun. Son engagement constant au sein des institutions républicaines aura durablement façonné la vie parlementaire du pays. Conformément à la tradition musulmane, la terre de Mada s’est refermée sur lui le même jour que son décès. Sa disparition met ainsi fin au parcours de l’un des hommes les plus influents du régime du président Paul Biya. Né en 1940 dans la région de l’Extrême-Nord, Cavaye Yéguié Djibril débute sa carrière après des études au Centre régional d’éducation physique et sportive de Maroua. En 1963, il devient enseignant d’éducation physique et sportive. Deux ans plus tard, en 1965, il est nommé inspecteur interministériel du Grand Nord. Cette fonction marque son entrée dans les sphères administratives de l’État.

Du parti unique au perchoir de l’Assemblée nationale

Le 7 juin 1970, Cavaye Yéguié Djibril entre à l’Assemblée législative du Cameroun sous les couleurs de l’UNC, le parti unique dirigé par le président Ahmadou Ahidjo. Un an après l’avènement de l’État unitaire, en 1972, il est élu député à l’Assemblée nationale. Il intègre ensuite le bureau de l’institution comme questeur. En février 1975, lors du deuxième congrès ordinaire de l’UNC, il entre au comité central du parti. Après les élections législatives de mai 1983, il devient deuxième vice-président de l’Assemblée nationale. Quelques années plus tard, il quitte temporairement la scène parlementaire. Il exerce alors comme adjoint préfectoral dans le département du Diamaré. Lorsque l’UNC devient le RDPC en 1985, sous l’impulsion du président Paul Biya, Cavaye Yéguié Djibril conserve sa place au comité central. Fidèle du régime, il renforce progressivement son influence au sein de l’appareil d’État.

En mars 1992, avec le retour du multipartisme et les élections législatives pluralistes, il retrouve son siège de député. Quelques semaines plus tard, le 31 mars 1992, il est élu président de l’Assemblée nationale. Il occupera cette fonction sans interruption pendant trente-quatre ans. De 1992 à 2024, il est réélu trente-deux fois à la présidence de l’Assemblée nationale. Ce record reste inédit dans les annales parlementaires du Cameroun. À chaque législature, le RDPC le présente comme son candidat naturel au perchoir. Son élection devient alors une formalité politique, tant son expérience et son autorité s’imposent au sein de la majorité présidentielle.

Un patriarche politique du Nord-Cameroun

L’un des rares épisodes de contestation survient en août 2007. Cette année-là, le député RDPC Adama Modi annonce sa candidature contre lui à la présidence de l’Assemblée nationale. Malgré les pressions du parti, le parlementaire refuse d’abord de se retirer. Il quitte finalement la salle au moment du vote. Cavaye Yéguié Djibril est alors réélu avec 130 voix sur 143 votants. Cet épisode illustre la solidité politique et le calme de celui que beaucoup surnommaient « l’homme du perchoir ». Durant sa longue présidence, il prend régulièrement position sur plusieurs questions nationales. En novembre 2001, depuis le perchoir de l’Assemblée nationale, il condamne publiquement les tendances sécessionnistes dans les régions anglophones. Il affirme alors que l’institution parlementaire ne saurait tolérer aucune menace contre l’unité nationale. En novembre 2005, il exhorte également les députés à s’impliquer davantage dans la lutte contre la corruption au sein des administrations publiques.

Au-delà de la politique, Cavaye Yéguié Djibril était aussi le Lamido de Mada. Cette fonction de chef traditionnel renforçait considérablement son influence dans le Grand Nord. Beaucoup le considéraient comme l’un des patriarches politiques du Nord-Cameroun. En mars 2010, il préside le Forum national des souverains traditionnels du Cameroun, dont il devient président honoraire. À cette occasion, il appelle les chefs traditionnels à collaborer avec l’État. Il les invite également à promouvoir les valeurs culturelles sans se substituer aux institutions républicaines. Le forum publie par ailleurs une déclaration encourageant le président Paul Biya à briguer un nouveau mandat lors de l’élection présidentielle de 2011. Pendant plusieurs années, Cavaye Yéguié Djibril occupe le rang de deuxième personnalité de l’État, derrière le président de la République. Toutefois, la création du Sénat en 2013 modifie l’ordre protocolaire. Ce statut revient alors au président du Sénat, sans réduire son influence politique.

Une disparition qui tourne une page politique

En 2026, son état de santé se dégrade progressivement. Les autorités procèdent alors à son évacuation sanitaire en Afrique du Sud. Le 17 mars 2026, Théodore Datouo est élu à la présidence de l’Assemblée nationale. Cette élection met officiellement fin aux trente-quatre années de règne parlementaire de Cavaye Yéguié Djibril. Moins de deux mois après son départ du perchoir, l’ancien président de l’Assemblée nationale rend son dernier souffle à Mada, là où tout avait commencé. Sa disparition intervient également moins de deux mois après celle de Marcel Niat Njifenji, ancien président du Sénat.

Anita MENOUNGA

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